Après une lecture de Faust

Au programme : deux titans d’outre-Rhin qui ont inspiré deux siècles de création musicale.

En France, en Allemagne, partout à l’étranger, toutes les grandes salles de concert se préparent déjà à célébrer le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven (1770-1827). Le Festival Jeux de Vagues ne voulait pas manquer l’occasion de se replonger dans une œuvre aussi protéiforme que prométhéenne, et qui offre des similitudes avec le Faust de Goethe (1749-1832).

Grand lecteur de Goethe, Beethoven possède dans sa bibliothèque Wilhelm Meister, le Divan ouest-oriental, de nombreux poèmes ainsi que le premier Faust. Dès 1800, il esquisse un lied sur Marguerite au rouet, qui reste inachevé. Le compositeur ne fait qu’une seule et unique véritable incursion dans l’univers de Faust avec l’opus 75, six lieder tirés des poèmes de Goethe.

En 1823, Beethoven rêve de se mesurer à Faust. Il espère enfin pouvoir écrire à partir de ce matériau qui constitue pour lui un sommet. À cette époque, il est occupé par la Missa Solemnis et la Neuvième Symphonie, et ce projet ne verra jamais le jour.

Faust marque la rencontre manquée entre les deux piliers de la culture allemande. Ils auraient sans doute rêvé d’une collaboration mais ne se reverront jamais après leur courte entrevue de l’été 1812.

Et pourtant, c’est bien l’esprit de Faust qui souffle à travers l’œuvre de Beethoven. « Qu’est-ce qui nous empêche, écrit Paul Dukas, de songer à Faust en entendant le premier mouvement de la Symphonie en ut mineur de Beethoven ? à Gretchen en écoutant le second ? à Méphistophélès en écoutant le troisième ? » Pour sa part, Wagner voyait dans l’Hymne à la joie l’apothéose de la lutte faustienne.

Si la complexité du drame de Goethe est telle qu’il résiste à une mise en musique dans son intégralité, il n’en demeure pas moins une source de fascination pour les compositeurs.

    Ce serait une gageure de vouloir retracer le temps d’un week-end l’ensemble de la postérité musicale de l’œuvre de Goethe et de Beethoven. Le Festival Jeux de Vagues témoignera de cette rencontre manquée qui marquera le XIXe siècle. Les compositeurs des XXe et XXIe siècles s’emparent du sujet et le façonnent chacun à sa manière. Entre 1715 et 2007, paraîtront plus de 177 œuvres inspirées par Faust, cet alchimiste qui rêve de posséder la connaissance universelle et pactise avec le diable pour arriver à ses fins.

Emmanuel Mercier, directeur artistique du Festival Jeux de Vagues, nous invite à explorer le répertoire faustien en compagnie de deux pianistes-interprètes reconnus, Marie-Josèphe Jude et Jean-François Heisser. Dans un souci de transmission de l’interprétation du répertoire, ils associeront de jeunes instrumentistes prometteurs.

Avec : Tanguy de Williencourt, Jean-Baptiste Doulcet (piano), Joséphine Besançon (clarinette), Sarah Jegou-Sageman (violon), Marine Chagnon (mezzo-soprano)…

Et enfin Emmanuel Reibel mènera l’enquête au cœur de la Faustmania tandis que Jean-Yves Tadié se penchera sur un autre Faust, écrit à Dinard en 1940…