A l’aube du romantisme

« Il n’y a que les passions qui chantent, l’entendement ne fait que parler. »
Jean-Jacques Rousseau.

Aux sources du Romantisme
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, une nouvelle expression du sentiment

Au cours du XVIIIe se manifeste une nouvelle façon d’appréhender le monde. Plusieurs artistes, écrivains, peintres, musiciens, réagissent contre un formalisme issu du « Grand siècle » et font l’expérience d’une expression plus personnelle s’appuyant sur la sensation et le naturel. C’est l’époque où Diderot imagine une écriture théâtrale moins conventionnelle, où Boucher et Fragonard, à la suite de Watteau, peignent des « fêtes galantes » dans lesquelles la nature joue un rôle prépondérant. En musique, c’est l’époque des controverses entre un style français déjà bien établi, et l’influence grandissante de la musique italienne. Ces querelles esthétiques alimentent de fougueux débats auxquels seront mêlés les encyclopédistes (Cf .Rousseau, « Lettre sur la musique française »). A l’étranger, et en Prusse plus particulièrement, ces polémiques auront un écho tout particulier, du fait de la francophilie de Frédéric II (Voltaire a été pendant plusieurs mois l’invité de marque du souverain à Sans-Souci).

A la fois musicien et philosophe, la figure de Jean-Jacques est centrale et incontournable, et chacun (y compris le roi et la reine) devra prendre position pour ou contre la nouvelle conception musicale qu’il propose. La séduction de la mélodie doit selon lui primer sur une construction musicale trop abstraite. Il est peu sensible à l’art de Rameau, d’une structure et d’une harmonie trop complexe et artificielle à son goût. Rousseau va se faire en France le promoteur de la musique italienne, qu’il juge plus immédiatement perceptible par la sensibilité.

Ce nouveau courant qui remue les disciplines artistiques a été souvent qualifié de « préromantique », en ce qu’il prépare l’avènement d’une brillante génération romantique, quelques décennies plus tard. Toutefois, ce serait ne pas reconnaître la pleine valeur des œuvres en question que de les penser uniquement comme préfigurant un nouveau style. Il n’existe pas véritablement de rupture dans le champ esthétique, ni de limites bien définies d’un style à l’autre, et cette époque est particulièrement riche en artistes singuliers et attachants possédant chacun leur propre univers. Ce sont en réalité pour beaucoup d’entre eux des expérimentateurs, avides d’expressions neuves grâce à des formes artistiques inédites.

Dans les pays germaniques, deux courants successifs ayant une racine commune très influencée par Rousseau, mais possédant également des caractéristiques propres, « Empfindsamkeit » et « Sturm und Drang », voient l’éclosion d’une musique novatrice. Les fils de J-S. Bach notamment adoptent un tout autre style que celui de leur père. L’écriture se simplifie, et cherche à plaire à un auditoire de plus en plus large. C’est à partir de ce moment-là que la musique savante se diffuse à l’extérieur du milieu aristocratique et s’introduit dans le milieu de la bourgeoisie éclairée. A cet égard, le rôle à Paris du « Concert spirituel », l’une des toutes premières institutions musicales actives entre 1725 et 1790, est de premier plan pour la propagation de la musique instrumentale française, italienne et allemande.

Voici durant ces trois journées un panorama de quelques compositeurs représentatifs de cette époque particulièrement créative, à la recherche d’un langage plus en phase avec leurs aspirations.