Concert I – 20 juillet 2018 – 21h

PASTICHES ET MÉLANGES

Emmanuel CHABRIER (1841-1894)

  • Souvenirs de Munich, fantaisie en forme de quadrille sur les thèmes favoris deTristan et Isolde, pour piano à quatre
    mains, composée en 1885-1886 et parodiant le matériau musical de l’opéra deWagner, publiée en1911. Œuvre dédiée à Antoine Lascoux, ardent défenseur en France du maître de Bayreuth.
    Pantalon – Été – Poule – Pastourelle – Galop

« Si l’on cherche ce que la vraie grandeur imprime en nous, c’est trop vague de dire que c’est le respect, et c’est même plutôt une sorte de familiarité. Nous sentons notre âme, ce qu’il y a de meilleur et de plus sympathique en nous, en eux, et nous nous moquons d’eux comme de nous-mêmes». Marcel Proust

Hélène Déchin, Emmanuel Mercier, piano

RICHARD WAGNER (1813-1883) / AUGUST  WILHELMJ (18451908)

  • Romance (Albumblatt), WWV 64

Nikolaï Tsygankov, violon – Hélène Déchin, piano

LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770-1827)

  • An die ferne Geliebte (À la Bien-aimée lointaine), Op. 98, pour voix et piano

Premier cycle de six lieder de l’histoire de la musique, composé entre 1815 et 1816 sur des poèmes d’Alois Jeitteles

« Auf dem Hügel sitz’ich, spähend… »
« Wo die Berge so blau… »
« Leichte Segler in den Höhen… »
« Diese Wolken in den Höhen… »
« Es kehret der Maien, es blühet die Au… »
« Nimm sie hin denn, diese Lieder… »

François Le Roux, baryton – Emmanuel Mercier, piano

REYNALDO HAHN  (1874-1947)

  • Paysage, sur un poème d’André Theuriet
    À deux pas de la mer qu’on entend bourdonner, je sais un coin perdu de la terre bretonne…
  • À Chloris, sur un poème de Théophile de Viau
    S’il est vrai Chloris que tu m’aimes…
  • Infidélité, mélodie sur un poème de Théophile Gautier
    Rien n’a donc changé que vous…

François Le Roux, baryton – Emmanuel Mercier, piano

  • Trois  préludes sur des airs populaires irlandais, pour piano 4 mains, 1893
    1. The little red Lark – 2. My love’s an arbutus – 3. The willow tree.

Hélène Déchin, Emmanuel Mercier, piano

JULES MASSENET (1842-1912)

  • Élégie des Erinnyes pour violoncelle et piano, 1873 op. 10 n° 5

 tirée des Érinnyes, tragédie de style antique de Leconte de Lisle

Alain Brunier, violoncelleHélène Déchin, piano

CHRISTOPH WILLIBALD GLÜCK (17141787) / ABRAM CHASINS (1903-1987)

  •  Ballet des ombres heureuses

Transcription pour piano. Extrait d’Orphée et Eurydice.

Marcel Proust compose des « Portraits de musiciens » en l’honneur des compositeurs favoris de sa jeunesse, et notamment celui de Glück. Ses vers font à allusion à cinq de ses opéras dont Orphée et Eurydice.

GABRIEL FAURÉ (1845 -1924) 

  • Nocturne no6, op.63 – 1894

Marcel Proust rencontre Gabriel Fauré en 1895. C’est en 1915 que l’auteur de la Recherche révèle à Antoine Bibesco s’être servi de certaines œuvres de Fauré pour les mouvements espacés de la sonate de Vinteuil.

Emmanuel Mercier, piano

CLAUDE ACHILLE DEBUSSY  (1862-1918)

  • Pelléas et Mélisande

Transcription du drame lyrique pour trio avec piano de Léon Roques et Henri Mouton (1909)

Ce n’est qu’en 1911 que Proust prend véritablement connaissance des compositions de Debussy. Le 21 février, il écoute Pelléas retransmis de l’Opéra-Comique. Il confie dans un premier temps qu’il a ressenti une  « impression extrêmement agréable ».

« Je demande perpétuellement Pelléas au théâtrophone comme j’allais au concert Mayol. Les parties que j’aime le mieux sont celles de musique sans paroles. »

Laurent Le Flécher, violon –  Alain Brunier, violoncelle – Hélène Déchin, piano

Jean-Yves Tadié, conférencier

Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (promotion 1956), il est agrégé et docteur ès lettres.
Biographe et spécialiste de Marcel Proust, il a dirigé, en 1987, la nouvelle édition d’À la recherche du temps perdu dans la Bibliothèque de la Pléiade, couronnée en 1988 par le prix de l’Académie française. Il a également dirigé et préfacé, dans la Bibliothèque de la Pléiade, les Œuvres complètes de Nathalie Sarraute, le premier volume des Écrits sur l’art d’André Malraux (Gallimard, 2004), ainsi que le tome VI des Œuvres complètes du même écrivain, publié sous le titre Essais (Gallimard, 2010).
En outre, il a préfacé Le Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas (Gallimard, coll.  » Folio classique « , 1997), trois inédits d’André Malraux : Carnet du Front populaire (Gallimard, 2006), Carnet d’URSS 1934 (Gallimard, 2007), Lettres choisies 1920-1976 (Gallimard, 2012) et Lettres à sa voisine de Marcel Proust (Gallimard, 2013).
J.-Y. Tadié a été directeur de l’Institut français de Londres, a enseigné à l’université d’Oxford et dans celles de Yaoundé, d’Alexandrie, du Caire. Il est commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres depuis 2011.

Pianos Bechstein

«  On ne devrait composer que pour les pianos Bechstein. »  Claude Debussy

Cette citation de Debussy soulève une question devenue récurrente depuis quelques décennies déjà : ne serait-il pas plus juste d’interpréter les œuvres du répertoire sur les instruments pour lesquels elles furent composées ?

Au cours du XXe siècle, une volonté manifeste de privilégier la puissance (en relation avec l’ouverture de salles de concert de plus en plus imposantes) face à des instruments tombés en désuétude, mais possédant davantage de raffinement sonore, a fini par détourner le message d’une certaine esthétique française forgée dans les cercles cultivés des milieux artistiques de la fin du XIXe siècle.

Depuis les années 1970 s’est dessiné un mouvement inexorable qui a révolutionné l’écoute et l’approche de la musique des XVIIe et XVIIIe siècles, grâce à des recherches très poussées sur la facture des instruments anciens et leur usage dans un contexte historique. Ces recherches ont aussi affecté la qualité du timbre, de la technique, du toucher, en essayant de restituer le plus précisément un univers sonore passé.

Le répertoire de la fin du XIXe et du début du XXe siècle est aujourd’hui à son tour revisité par les pianistes qui apprécient, d’une part, les coloris des instruments de facture ancienne, contemporains de la composition des œuvres qu’ils exécutent et, d’autre part, les qualités intimistes qui servent la voix humaine.

Le choix de ce Bechstein 1910 participe de la volonté d’introduire l’auditeur dans un univers sonore proche de celui qui a vu la naissance des œuvres proposées au programme. 

Debussy n’était pas le seul à privilégier les Bechstein.

Le 6 octobre 1860, Franz Liszt fait l’acquisition de son premier piano à queue Bechstein. Son choix déterminera l’avenir et la réputation du facteur face aux concurrents que sont Feurich ou Blüthner, deux fabricants de Leipzig,  ou encore Steinway, qui a commencé de produire à Braunschweig et continue à New York à partir de 1853.

Bechtsein crée un son nouveau avec l’éclat minéral et tempéré des aigus et des basses profondes, bien timbrées, à partir desquelles se tissent de multiples plans sonores. La manufacture jouera un rôle majeur dans l’évolution de la musique durant les décennies suivantes puisque de nombreux compositeurs vont choisir ces instruments pour s’exprimer.

À l’automne 1860, Hans von Bülow envoie à Liszt une lettre dans laquelle il précise avoir joué la Sonate en si mineur à Leipzig sur « un Bechstein ultrasublime ».

Un autre événement important a lieu deux ans plus tard, lors de l’Exposition universelle de Londres organisée en 1862 : Carl Bechstein remporte plusieurs médailles face à ses concurrents britanniques, pourtant favorisés puisqu’ils sont sur leur terrain. Le jury justifie sa décision de la manière suivante : « Les instruments Bechstein se caractérisent par une éminente fraîcheur, un son libre, un toucher agréable et des registres équilibrés. Ils peuvent par ailleurs résister au jeu le plus vigoureux ».

Gustave Samazeuilh

De famille bordelaise, Gustave est un fils de Fernand Samazeuilh, banquier, et de Marie Elise Lefranc, fille de l’ancien ministre de l’Intérieur Victor Lefranc.

D’abord élève d’Ernest Chausson, il entre à la Schola Cantorum en 1900 et travaille avec Vincent d’Indy et Charles Bordes. Il bénéficie également des conseils de Paul Dukas. Il sera proche des musiciens de son temps comme Enesco, Fauré, Ravel, Roussel et l’ami de Richard Strauss.

Gustave Samazeuilh fut compositeur, mais aussi pianiste. En dépit de sa longue carrière, son œuvre, où se mêlent avec une subtilité d’écriture bien personnelle influences post-franckistes et réminiscences debussystes, est assez peu fournie et date, pour l’essentiel, d’avant la Seconde guerre mondiale. Il fut ainsi davantage célèbre comme critique, entre autres à La République française et à La Revue musicale, ou comme musicographe et traducteur. Il a notamment traduit en français le drame musical en trois actes de Richard Wagner, Tristan et Isolde, et fait paraître des études sur Paul Dukas et Ernest Chausson ainsi que ses souvenirs musicaux.

Il a écrit, en outre, plus d’une centaine de réductions pour piano d’œuvres de ses contemporains. On lui doit notamment une réduction pour flûte (ou violon) et piano du Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy.

Le Chant de la mer a été l’œuvre de référence pour tous les pianistes du début du siècle, le pendant du triptyque de Ravel Gaspard de la nuit en termes de technique pianistique. La troisième pièce Tempête et lever du jour sur les flots reprend une grande partie des ingrédients de Scarbo (outre les réminiscences au prélude de Debussy Ce qu’a vu le vent d’ouest).

Il ne s’agit en rien d’une pâle copie car l’univers sonore est tout à fait particulier. La deuxième pièce que vous entendrez fait penser à Ondine de Ravel.