Faust à Dinard…

Causerie de Jean-Yves Tadié

En 1940, quand le bruit se répand que le gouvernement français pourrait quitter la capitale, Paul Valéry décide de partir pour Dinard avec sa famille, le 23 mai. Ce n’est qu’au début du mois d’août qu’il commence à écrire son Faust. La tentation de se mesurer à l’ampleur de ce projet avait plus d’une fois caressé son esprit mais jusqu’ici, il en était demeuré « aux hésitations et à la crainte d’un travail qu’il fallait considérer comme immense et redoutable. »

Le 30 avril 1932, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la mort de Goethe, Valéry, grand admirateur du poète, prononce un discours en Sorbonne en son honneur. Il voit en lui l’incarnation d’un nouvel humanisme et universalisme, seules garanties d’un nouvel ordre européen.

Valéry décide donc d’écrire un Faust moderne, de le faire réapparaître au monde mais drapé dans un manteau moderne, cette fois dans un décor paisible et pose les questions : Que sont devenus la connaissance, l’amour, la morale et Dieu ?

Le Faust de Valéry écrit ses mémoires : « Ce que j’ai fait, ce que j’ai voulu faire, ce que j’aurais pu faire sont à l’état d’idées également vivantes en moi ; et je me trouve également capable de toutes les aventures que ma mémoire me représente ou que mes biographes me prêtent si généreusement. »

Faust devient un prince des Idées quand soudain un élégant Méphistophélès fait irruption entre Faust et Lust sa secrétaire…

Or la place que Méphistophélès occupait dans le monde a changé…