Le Petit Prince

Un conte musical de Balthazar POUILLOUX
d’après l’œuvre d’Antoine de SAINT-EXUPERY

Note d’intention scénographique

Le Petit Prince est peut-être le premier texte qui m’a bouleversé. J’avais cinq ans, et je l’écoutais, déjà, en CD, bercé par la voix de Gérard Philippe. Ce conte, j’ai toujours eu envie de le mettre en musique. Ce mariage me paraît être une évidence. Entre tradition, avec le texte original, et inventions littéraires, avec les paroles des airs. Comme le Petit Prince est une porte d’entrée vers la littérature, nous voulions créer une porte d’entrée vers l’opéra.

Le Petit Prince est un conte poétique écrit par Antoine de Saint-Exupéry en 1943 à New-York. Le langage est simple et dépouillé, parce qu’il est destiné à être compris par des enfants, et le conte propose une vision symbolique de la vie. Chaque chapitre relate une rencontre du petit prince qui laisse celui-ci perplexe vis-à-vis des comportements absurdes des « grandes personnes ». Ces différentes rencontres sont des paraboles puissantes et émouvantes. On peut y lire une invitation de l’auteur à retrouver l’enfant en soi, car « toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) ». L’ouvrage est dédié à Léon Werth, mais « quand il était petit garçon ».

L’objectif est de plonger le spectateur dans une atmosphère fantaisiste, et onirique, à la fois spatiale et désertique, entre planètes et Sahara. Dans un premier temps, intéressons-nous aux décors. Nous souhaitons créer une scénographie simple et modulable centrée sur quelques éléments de décor : caisse en bois, toiles, escabeau de peintre, paravent, piano à queue (il symbolise l’avion du narrateur, qui tentera de le réparer). Nous souhaitons jouer sur les matières : bois et toiles plus ou moins transparentes, et sur les hauteurs, notamment autour de l’escabeau, sur lequel les personnages se hissent. Ainsi, fidèle à l’atmosphère du livre, l’action se déroulera dans un décor que les personnages font évoluer, tout comme ils évoluent eux-mêmes.

Pour ce qui est des costumes, l’intention est la même : faire entrer le spectateur dans cet univers poétique et solaire comme nous l’évoquions plus haut. Les costumes seront inspirés des illustrations de Saint- Exupéry et seront fortement caractérisés afin de faciliter l’identification pour le spectateur. Ces costumes « lyriques » seront aussi conçus pour rester dans l’atmosphère opératique que nous souhaitons imposer.

Ce spectacle est donc construit comme une rêverie, balancement entre légèreté et gravité, soleil et nuit, enfance et âge adulte. Et comment mettre en scène un tel moment de bascule sans le faire jouer par de jeunes artistes ?

Note d’intention Musicale

La première question à se poser quand on se lance dans la difficile entreprise de l’opéra : c’est l’équilibre entre musicalité et théâtralité. Pour être fidèle au texte et aux dialogues d’origine, et pour garder une narration cohérente et lisible (le chant lyrique rendant souvent la langue plus difficilement compréhensible), nous avons fait le choix de construire de vraies parties théâtrales et non des récitatifs (les parties théâtrales seront accompagnées de musique au piano, mais seront parlées et non chantées).

Dans le cadre d’une œuvre scénique de fiction, et particulièrement une œuvre pour la jeunesse, mon premier objectif est une forme d’« efficace » des lignes mélodiques et des orchestrations, afin de toucher, et, plus encore, de « faire impact » sur le spectateur. Mais ce spectacle est aussi l’occasion de rendre hommage à l’immense tradition de l’opéra et de la musique chorale, de ses racines à ses modalités contemporaines. Plus précisément, il est pensé, pour les enfants, une porte d’entrée vers le monde musical lyrique, comme le Petit Prince est une porte d’entrée vers la littérature. Il s’agira de proposer une musique lyrique en chanson, mélodique, moderne et accessible, à la manière de ce que fait par exemple, la chanteuse et compositrice Charlotte Planchou, ou encore le compositeur George Benjamin. Pour renforcer cette idée de porte d’entrée, évoquée plus haut, plusieurs citations et clins d’œil à des grandes œuvres du répertoire se glisseront dans l’œuvre : L’Air de l’Allumeuse de Réverbère reprend une partie du thème de Zu Hilfe, air introductif de la Flûte Enchanté de Mozart, le final du chœur des Roses reprend le motif en contre-point de la Fantaisie Chorale de Beethoven, l’air du Businessman, une valse traditionnelle russe, dont le thème fut utilisé de Tchaïkovski à Gainsbourg, etc… Mais l’inspiration vient aussi des comédies musicales orchestrales. Américaines, avec Leonard Bernstein qui s’inspire à la fois de l’opéra, de la musique symphonique, notamment celle de Mahler, du jazz, des rythmes cubains et de la chanson… Mais aussi Française, avec Michel Legrand qui mélange voix lyriques et voix jazz, textures orchestrales et textures de Big Band…

Ainsi, la musique ne s’arrête jamais, elle se glisse partout. Chacun des trois actes est composé comme une pièce musicale ininterrompue, et ces trois compositions se répondent. La musique comme prolongement du théâtre, et le théâtre comme prolongement de la musique. Il faut concevoir cette pièce comme une grande montée en émotion : le premier acte plus léger, inspiré dans ces orchestrations de motifs musicaux Touaregs et berbères, afin de traduire l’ambiance désertique. Les mélodies sont moins lyriques, plus proches de chansons. Le deuxième acte, au contraire, est un hommage à la fois à l’opéra et à la comédie musicale, puisque les airs sont de véritables numéros, comme on peut en trouver à Broadway. Comme une envolée pour traduire le voyage du Petit Prince de planète en planète, ces airs singularisent tous ces personnages hauts en couleur. Enfin, le troisième acte, plus grave, jusqu’au dénouement tragique est le plus proche de la tradition opératique (chœurs, grands airs…).

Balthazar Pouilloux,  compositeur et metteur en scène

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